En fin 2021 et début 2022, près de 520 000 démissions par trimestre ont été enregistrées en France, dont 470 000 de CDI, selon la Dares. À l’époque, on parlait de “Grande Démission”, un terme emprunté aux États-Unis où un phénomène similaire s’était produit. En France, cette tendance a principalement touché les travailleurs ayant vécu des périodes de chômage partiel en raison de la crise sanitaire.

Un an plus tard, qu’en est-il ? D’après la Dares, le taux de démission est cyclique, bas pendant les crises et augmentant en période de reprise. La hausse des démissions s’explique en partie par la reprise après la crise sanitaire. Cependant, d’autres facteurs sont à l’œuvre.

Le contexte épidémique et les confinements ont profondément remis en question les choix professionnels de nombreux salariés. Ils sont de plus en plus attentifs aux conditions de travail, à leur carrière, à leur salaire, et à l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Cette remise en question les pousse à quitter leur emploi s’ils ne sont pas satisfaits de ces conditions.

Le taux de chômage au plus bas depuis 2008 encourage également les démissions, car les salariés savent qu’ils peuvent trouver rapidement un autre emploi. De plus, la sécurité de l’emploi offerte par un CDI ne suffit plus à combler leurs aspirations. Beaucoup de démissionnaires deviennent indépendants et recherchent de nouvelles orientations professionnelles.

Cette remise en question se manifeste également par le “quiet quitting”, où les salariés font le strict minimum au travail, refusant heures supplémentaires et tâches non contractuelles.

Cependant, malgré ces aspirations au changement, une enquête IFOP fin 2022 montre que la majorité des salariés (53 %) envisageaient de démissionner, contre 45 % en début d’année. Cette augmentation ne s’est pas traduite par une vague massive de démissions, en partie à cause de la conjoncture économique marquée par une forte inflation et des perspectives sombres en 2022.

En réalité, bien que l’envie de démissionner progresse, les salariés français restent attachés au salariat. Le taux de démission, bien qu’en hausse, ne concerne qu’une proportion réduite de salariés (2,7 %), loin de la “Grande Démission”. Les tensions sur le marché du travail expliquent en partie ce nombre élevé de démissions.

L’Institut Montaigne affirme que la “Grande Démission” est un mythe. Les évolutions législatives comme la rupture conventionnelle, combinées à une situation favorable sur le marché du travail, expliquent ce phénomène. Cependant, les nouvelles aspirations professionnelles des actifs sont bien réelles, et les entreprises doivent les prendre en compte pour attirer et fidéliser leurs collaborateurs.

Pour répondre à ces aspirations, les entreprises doivent envisager des revalorisations salariales, mais aussi adapter leurs conditions de travail. Du télétravail à la semaine de 4 jours, elles doivent se transformer pour répondre aux attentes de leurs collaborateurs, notamment des jeunes générations plus enclines à changer d’emploi en cas d’insatisfaction.

En fin de compte, bien que la “Grande Démission” soit un mythe, la relation au travail évolue profondément en France. Les entreprises doivent s’adapter pour rester attractives et répondre aux attentes changeantes de leurs collaborateurs.